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Jacques Attali et « L’Avenir de la vie » : Décryptage d’une vision glaçante de l’humanité

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Introduction : Un document révélateur d’une pensée technocratique
En 1981, Jacques Attali, alors conseiller de François Mitterrand et économiste influent, accordait un entretien à Michel Salomon pour le livre « L’Avenir de la vie ». Ce document, largement méconnu du grand public, mérite aujourd’hui une analyse approfondie tant il révèle une conception de l’humanité et de la médecine qui fait froid dans le dos.

Dans cet entretien fleuve, Attali expose sans fard sa vision de l’avenir : une société où l’homme n’est qu’une machine économique, où la médecine devient industrie, où les enfants sont des marchandises, et où l’euthanasie devient un outil de gestion économique des populations âgées. Plus troublant encore, nombre de ses « prédictions » semblent aujourd’hui en voie de réalisation, rendant d’autant plus urgente la nécessité de décrypter et de combattre cette pensée déshumanisante.

Cet article propose une analyse exhaustive et critique de ce texte, en examinant méthodiquement chacune des thèses d’Attali pour en révéler les dangers et les implications éthiques catastrophiques.

Document source : Consultez l’entretien intégral d’Attali (1981) dans nos archives

Le texte complet avec métadonnées et contexte historique est disponible pour la recherche et l’analyse.

I. L’homme-marchandise : La réduction de l’humain à sa dimension économique
La santé comme problème comptable
Dès l’ouverture de l’entretien, Attali révèle son prisme d’analyse exclusivement économique. À la question de Salomon sur son intérêt pour la médecine, il répond : « J’ai constaté en étudiant les problèmes économiques généraux de la société occidentale que les coûts de la santé sont un des facteurs essentiels de la crise économique. »

Cette entrée en matière donne le ton : la santé n’est pas abordée sous l’angle humain, éthique ou social, mais uniquement comme un problème de coûts. Plus grave encore, Attali poursuit : « La production de consommateurs et leur entretien coûtent cher, plus cher encore que la production de marchandises elles-mêmes. »

Cette formulation est révélatrice. Les êtres humains ne sont plus des personnes mais des « consommateurs » qu’on « produit » et qu’on « entretient ». Le vocabulaire utilisé est celui de l’élevage industriel ou de la maintenance mécanique, non celui de la médecine humaine. Cette déshumanisation linguistique n’est pas anodine : elle prépare et justifie toutes les dérives éthiques qui suivront.

L’industrialisation forcée de la médecine
Attali affirme que la solution à la crise économique passe par la transformation de la médecine en industrie : « Si la médecine devait, comme l’éducation, être produite en série, la crise économique serait vite résolue. » Il développe cette idée en expliquant que « notre société transforme de plus en plus des activités artisanales en activités industrielles » et que la médecine doit suivre ce mouvement.

Cette vision ignore totalement la spécificité du soin médical. Soigner n’est pas produire des objets en série. C’est accompagner un être humain unique dans sa vulnérabilité, établir une relation thérapeutique basée sur la confiance, adapter le traitement à la singularité de chaque patient. La médecine industrialisée qu’imagine Attali est une médecine déshumanisée, réduite à des protocoles standardisés appliqués à des « unités de production » interchangeables.

II. L’obsession morbide du cannibalisme : Une métaphore révélatrice
Le cannibalisme comme grille de lecture universelle
L’un des aspects les plus troublants de l’entretien est l’utilisation obsessionnelle de la métaphore cannibale. Attali développe longuement cette analogie : « Dans le langage économique la métaphore est claire : c’est celle du cannibalisme. On consomme du corps. »

Il va plus loin en affirmant que « toute l’histoire industrielle [peut être interprétée] comme une machine à traduire le cannibalisme fondateur, premier rapport au mal, où les hommes mangent des hommes, en cannibalisme industriel, où les hommes deviennent des marchandises qui mangent des marchandises. »

Cette métaphore n’est pas qu’une figure de style provocatrice. Elle révèle une vision profondément nihiliste des relations humaines, réduites à des rapports de prédation et de consommation. Pour Attali, « la consommation est séparation » et « le cannibalisme est une formidable force thérapeutique du pouvoir. »

L’interprétation délirante de l’histoire médicale
Attali construit une théorie historique basée sur cette métaphore cannibale, découpant l’histoire de la médecine en quatre périodes, chacune correspondant à une forme de cannibalisme. Il affirme même que « la ritualisation chrétienne est fondamentalement cannibale », citant les textes sur l’Eucharistie comme preuve de cette obsession.

Cette grille de lecture réductrice et morbide ignore la complexité de l’histoire médicale, la diversité des approches thérapeutiques, et surtout la dimension profondément humaine et compassionnelle qui a toujours animé l’art de guérir. Réduire toute l’histoire de la médecine à une variation sur le thème du cannibalisme témoigne d’une fascination malsaine pour une vision darwinienne extrême des rapports sociaux.

III. La vieillesse comme fardeau économique : L’euthanasie programmée
Les personnes âgées réduites à leur coût
L’un des passages les plus choquants concerne la vision d’Attali sur le vieillissement. Il déclare sans ambages : « Dès qu’on dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société. »

Cette phrase résume à elle seule l’horreur de sa pensée. La valeur d’un être humain est réduite à sa productivité économique. Passé un certain âge, la personne devient un poids, un coût à éliminer. Attali poursuit : « Dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une durée de vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé seront les plus réduites possible. »

Plus cynique encore, il affirme : « Du point de vue de la société, il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle ne se détériore progressivement. » Il justifie cette position en notant que « les deux tiers des dépenses de santé sont concentrées sur les derniers mois de vie » et que « les dépenses de santé n’atteindraient pas le tiers du niveau actuel […] si les individus mouraient tous brutalement dans des accidents de voiture. »

L’euthanasie comme « instrument essentiel »
Le passage le plus glaçant concerne l’euthanasie. Attali affirme : « L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figures. » Il développe cette idée terrifiante : « Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. »

L’expression « machines à tuer » et la justification économique de l’élimination des vies « trop coûteuses » évoquent immédiatement les heures les plus sombres de l’histoire. Cette vision transforme le médecin en exécuteur, la médecine en instrument d’élimination, et réduit la valeur de la vie humaine à un calcul comptable.

Attali présente même cette horreur comme inévitable : « Je pense donc que l’euthanasie, qu’elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera une des règles de la société future. » Cette présentation de l’inacceptable comme inéluctable est une stratégie rhétorique perverse qui vise à normaliser l’impensable.

Le cynisme assumé
Attali assume explicitement son cynisme quand il déclare : « Je suis pour ma part, en tant que socialiste, objectivement contre l’allongement de la vie parce que c’est un leurre, un faux problème. » Cette position, qu’il qualifie de « socialiste », est en réalité l’antithèse de toute pensée humaniste et solidaire.

Les quatre principes de la bioéthique moderne
– L’autonomie : Respecter la capacité des personnes à prendre des décisions éclairées concernant leur propre santé, sans coercition ni manipulation.
– La bienfaisance : Agir dans le meilleur intérêt du patient, en cherchant activement son bien-être et sa guérison.

– La non-malfaisance : « D’abord ne pas nuire » (Primum non nocere), éviter de causer du tort au patient par action ou omission.

– La justice : Assurer une distribution équitable des soins et des ressources médicales, sans discrimination basée sur des critères économiques ou sociaux.

Ces principes, formulés par Beauchamp et Childress, constituent le socle éthique sur lequel doit reposer toute pratique médicale respectueuse de la dignité humaine.
IV. L’enfant-objet et la femme-usine : La marchandisation de la procréation
L’enfant comme produit manufacturé
Dans une section particulièrement révoltante, Attali expose sa vision de la procréation future. Il affirme : « On ne voit pas pourquoi la procréation ne deviendrait pas une production économique comme les autres. On peut parfaitement imaginer que la famille ou la femme ne soient qu’un des moyens de production d’un objet particulier, l’enfant. »

Cette réduction de l’enfant à un « objet » et de la femme à un « moyen de production » représente le summum de la déshumanisation. Il pousse le raisonnement jusqu’à son terme logique horrifiant : « On peut, en quelque sorte, imaginer des ‘matrices de location’ qui d’ores et déjà sont techniquement possibles. »

L’achat d’enfants normalisé
Le passage suivant dépasse l’entendement : « Ainsi il sera possible d’acheter des enfants comme on achète des ‘cacahuètes’ ou un poste de télévision. » La comparaison avec l’achat de cacahuètes révèle un degré de déshumanisation vertigineux. L’enfant n’est plus qu’un bien de consommation courante, sans valeur intrinsèque, interchangeable.

Attali développe même un système économique complet autour de cette marchandisation : « Le seul moyen de résoudre cette contradiction est d’imaginer que la société puisse acheter des enfants à une famille qui serait payée en retour. » Il envisage que « l’enfant deviendra une sorte de monnaie d’échange dans les rapports entre l’individu et la collectivité. »

La femme réduite à sa fonction reproductive
Dans cette vision cauchemardesque, la femme est totalement réifiée, réduite à sa fonction reproductive : « la femme ou le couple s’inscriront dans la division du travail et dans la production générale. » Les « matrices de location » transforment le corps féminin en usine à bébés, niant toute dignité, autonomie et dimension humaine de la maternité.

Les dérives eugénistes du XXe siècle : un avertissement de l’histoire
– Les stérilisations forcées aux États-Unis (1907-1970) : Plus de 60 000 personnes stérilisées car jugées « inaptes » ou « déficientes »
– Le programme Aktion T4 en Allemagne nazie (1939-1945) : L’élimination de 200 000 personnes handicapées au nom de l’ « hygiène raciale » et de l’économie

– Les politiques eugénistes en Suède (1934-1976) : 63 000 stérilisations forcées de personnes jugées « inférieures »

Ces horreurs historiques nous rappellent que les arguments économiques appliqués à la valeur de la vie humaine ouvrent toujours la porte aux pires atrocités.
V. Le contrôle total par la normalisation : La dictature douce
Le fichage médical généralisé
Attali décrit avec complaisance la mise en place d’un système de surveillance médicale totale : « Les discours sur la prévention, l’économie de la santé, la bonne pratique médicale, amèneront à la nécessité pour chaque individu de posséder un dossier médical qui sera mis sur une bande magnétique. » Il précise que « l’ensemble de ces dossiers seront centralisés dans un ordinateur. »

Face aux inquiétudes légitimes sur l’accès de la police à ces fichiers, il balaie les objections avec une naïveté feinte, citant l’exemple de la Suède. Cette vision technocratique ignore les dangers réels d’un tel système pour les libertés individuelles et le potentiel de dérive totalitaire.

L’autosurveillance et la normalisation comportementale
Plus insidieux encore, Attali décrit un système où la surveillance devient autosurveillance : « L’apparition sur le marché d’articles individualisés d’autosurveillance et d’autocontrôle créera l’esprit préventif. Les gens s’adapteront de manière à être conformes aux critères de normalité ; la prévention ne sera plus coercitive car voulue par les personnes. »

Cette description préfigure étrangement notre époque d’objets connectés et de quantified self. Mais Attali va plus loin en évoquant « la nécessité de surveiller les comportements et donc de définir des normes de santé, d’activités, auxquelles l’individu doit se soumettre. » Il parle de « profil de vie économe en dépenses de santé » auquel chacun devrait se conformer.

La « normalité » comme totalitarisme
Attali révèle le fond totalitaire de sa pensée quand il évoque « l’explicitation du normal » : « Les moyens électroniques permettront de définir avec précision le normal et de quantifier le comportement social. » Il ajoute que « ce dernier deviendra économiquement consommable puisque existeront les moyens et les critères de conformité aux normes. »

La conclusion est terrifiante : « À long terme, lorsque la maladie sera vaincue, pointe la tentation de conformité au ‘normal biologique’ qui conditionne le fonctionnement d’une organisation sociale absolue. » Il reconnaît même que « la médecine est révélatrice de l’évolution d’une société qui s’oriente demain vers un totalitarisme décentralisé. »

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