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Des enfants qui n’avaient jamais été vus par un médecin, un enseignant, ni par personne d’autre. Elle avait aussi entendu d’autres choses. Des murmures qui lui donnaient la nausée. Des histoires de lumières dans les bois et de bruits qui ne correspondaient à aucun animal connu. Margaret Vance gravit cette montagne un mardi matin de juin. Et ce qu’elle y découvrit la hantera jusqu’à sa mort, quarante-trois ans plus tard, sans qu’elle n’en ait jamais parlé à personne en dehors de cette enquête.
La propriété des Fowler se trouvait au bout d’un chemin qui ne méritait guère le nom de route. Margaret Vance dut abandonner sa voiture près d’un kilomètre et parcourir le reste du chemin à pied à travers des bois si denses que la lumière du soleil y pénétrait à peine. Elle déclara plus tard, dans sa déposition sous scellés, que le silence fut la première chose qui la frappa.
Pas d’oiseaux, pas d’insectes, seulement le bruit de sa respiration et le craquement des brindilles sous ses pas. Lorsqu’elle atteignit enfin la clairière, elle découvrit une structure qui semblait avoir été construite et reconstruite au fil des générations. Des pièces ajoutées sans logique apparente. Du bois pourri sur du bois. Des fenêtres recouvertes de papier goudronné et de tissu. Une odeur qu’elle ne parvenait pas à identifier flottait dans l’air.
Quelque chose d’organique et d’anormal, comme de la viande laissée trop longtemps à la chaleur. Elle appela. Personne ne répondit. Elle appela de nouveau. Et c’est alors qu’elle l’entendit. Un bruit venant du sol, sous la maison. Des voix d’enfants, mais dans une langue qu’elle ne reconnaissait pas. Ni anglais, ni aucun dialecte qu’elle connaissait, quelque chose d’ancien, d’inventé, ou quelque chose qui n’aurait jamais dû être enseigné à l’humanité.
Margaret découvrit l’entrée derrière la maison, dissimulée sous une porte en bois si usée par le temps qu’elle semblait faire partie intégrante de la terre. La cave descendait bien plus bas que n’importe quel vendeur de légumes n’aurait eu le droit d’aller, peut-être cinq mètres, avec des murs en pierres et en terre. Et tout au fond, dans la faible lumière filtrant à travers les interstices du plancher, elle les trouva.
Trois enfants, deux filles et un garçon, âgés de 8 à 12 ans environ, bien que leur âge exact ne puisse jamais être déterminé avec certitude. Leur pâleur dépassait la simple absence de soleil. Leur peau était presque translucide, leurs veines bleues visibles comme des rivières sur une carte. Leurs yeux étaient grands, trop grands, et reflétaient la lumière comme ceux d’un animal pris dans le faisceau d’une lampe torche.
Ils ne pleurèrent pas en la voyant. Ils ne s’enfuirent pas. Ils la fixèrent simplement, arborant une expression que Margaret décrirait plus tard comme de la reconnaissance. Comme s’ils l’attendaient, comme s’ils savaient que quelqu’un finirait par venir. Les enfants portaient des vêtements qui semblaient faits main, cousus dans des tissus qui ressemblaient à des sacs de fleurs ou à de vieux rideaux tachés de terre et d’une substance plus sombre.
Leurs cheveux étaient coupés courts, presque rasés. En s’approchant, Margaret aperçut des marques sur leur cuir chevelu. Pas vraiment des cicatrices. Des symboles gravés ou brûlés dans la peau, cicatrisés mais encore visibles, des cercles concentriques. Des lignes qui se ramifiaient comme des racines ou des veines d’arbre. Elle leur demanda leurs noms.
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