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Mais vous croyez pas que vous m’avez fait assez parler là ? Les Suisses, ils vont en avoir marre. Ils vont aller se coucher avant que ce soit fini. Le 23 septembre 1970 à Siger 37 du matin, le cœur de Bourville s’est arrêté de battre sans alarme, sans médecin au chevet, sans caméra.
Il était chez lui dans un appartement silencieux du 16e arrondissement de Paris, allongé sur un fauteuil qu’il avait lui-même choisi, tourné vers la fenêtre. Le jour n’était pas encore levé, dans cette demi-obscurité feutrée, la France venait de perdre l’un de ses visages les plus chers sans le savoir. À cet instant précis, aucun journal ne l’annonça.
Les radios continuaient de jouer des tubes d’été. Les russes s’animaient lentement dans l’indifférence d’un matin comme les autres. Mais derrière les murs de cet immeuble bourgeois, un homme venait de s’éteindre. Pasn Portelkel Bourville. Celui qui, pendant près de tr ans avait incarné la douceur, la gentillesse, la tendresse même venait de disparaître dans le plus absolu des silences.
Pas de flash, pas de derniers mots public, pas de mise en scène, juste un souffle, puis plus rien. Pourquoi n’a-t-il jamais parlé de sa maladie ? Comment a-t-il pu continuer à sourire alors qu’il savait que la fin était si proche ? Et surtout, que reste-t-il une fois que la lumière s’est éteinte ? Son histoire, vous n’en connaissez qu’une partie.
Les rires, les chansons, les films cultes. Mais il y a une autre histoire, celle des derniers jours. Des silences entre les mots, des regards qu’on a pas su lire. Aujourd’hui, nous allons la raconter pas pour pleurer, mais pour comprendre et pour honorer celui qui a su jusqu’à la fin faire de la pudeur une forme de grandeur. Pendant des décennies, il avait été l’homme que toute la France voulait croiser dans la rue.
Pas pour un autographe, pas pour une photo, juste pour lui dire merci. Merci pour les rires, pour les chansons, pour ce regard qui, sans dire un mot apaisait les douleurs du quotidien. Mais ce que personne ne voyait, c’est que derrière ce regard, un autre monde existait. Un monde plus fragile, plus lent.
Un monde que Bourville, de son vrai nom André Rimbourg, avait choisi de garder pour lui. Depuis plusieurs mois, le corps l’avait trahi. Lentement, cruellement, une maladie rare, insidieuse, s’installait dans ses eaux. Elle ne criait pas, elle ne frappait pas violemment, elle rongeait in silence. Et Bourville, fidèle à lui-même, avait décidé de ne rien dire ni à ses fans, ni à ses partenaires de plateau, parfois même pas à ses amis.
Il y avait dans son silence une forme de respect. Il ne voulait pas qu’on s’inquiète pour lui. Il ne voulait pas troubler l’image que les gens avaient construite, celle d’un homme simple, lumineux, éternellement bienveillant. Il souffrait, c’est évident, confiera plus tard Jean-Pierre Moky qui le côtoya dans ces dernières années.
Mais il trouvait toujours une phrase pour vous détourner du sujet : “Un trait d’humour, une anecdote comme s’il nous protégeait de lui-même.” Ce paradoxe, c’était tout Bourville. Un homme qui, alors que son corps se consumait lentement, continuait à faire rire la France entière. Un homme qui se savait condamner mais qui préférait parler des roses de son jardin plutôt que de la douleur dans ses jambes.
Un homme dont la pudeur était si grande qu’elle finissait par être héroïque. Lors des tournages de ces derniers films, les équipes remarquaient bien quelque chose. Il arrivait plus tard, il marchait moins vite, il s’asseyait dès qu’il le pouvait. Mais dès que la caméra tournait, tout disparaissait. Il redevenait le Bourville que tout le monde connaissait, presque trop.
comme si le fait de jouer était devenu pour lui une armure. On avait l’impression qu’il gagnait en lumière à chaque prise et qu’il redevenait plus pâle dès qu’on coupait, raconte un assistant réalisateur de le mur de l’Atlantique. C’était bouleversant. Il brillait pour nous, mais on sentait que cette lumière avait un prix.
Dans l’intimité de son foyer, son épouse Jeanne était l’une des rares à savoir. Elle avait vu l’évolution, les nuits sans sommeil, les douleurs impossibles à cacher une fois la porte fermée. Mais même avec elle, il restait économe de ses mots, pas par froideur, par délicatesse, comme s’il refusait que la souffrance prenne le dessus sur l’amour.

Il avait toujours fui les projecteurs de la vie privée. Pas de scandale, pas d’interview à sensation. Sa maison c’était son refuge. Et dans ce refuge, il voulait que règne encore la musique, les rires, les souvenirs d’été passés avec ses enfants, les vieilles partitions qu’il relisait comme d’autres relisent des lettres d’enfance.
Mais il savait, il savait que le rideau allait tomber et malgré cela, il refusa de ralentir. Jusqu’au bout, il continua de jouer, de chanter, d’aimer. Un jour, je lui ai demandé s’il n’avait pas envie de se reposer racontera un ami proche. Il m’a répondu “Je me reposerai plus tard. Pour l’instant, je suis vivant.
” Ces mots, simples en apparence, en disaient long. Il contenaient tout. la conscience de la fin, l’acceptation et surtout une forme de gratitude immense envers la vie, même écourté. Alors oui, Bourville est mort jeune, mais ce qu’il a laissé, c’est une leçon, celle d’un homme qui n’a jamais voulu être un héros, mais qu’il est devenu en silence.
Un homme qui, plutôt que de se plaindre a choisi de sourire et dans ce sourire il a mis tout ce qui lui restait. Avant la scène, avant la gloire, avant même le nom Bourville, il y avait un garçon. Un garçon nommé André. André Rimbourg né le 27 juillet 1917 à Prêvicmar, un petit village normand perdu entre les champs de blé et les vents salés de la Manche.
Son père, soldat de la Grande Guerre, meurt quelques mois avant sa naissance. Il grandit sans figure paternelle, élevé par sa mère dans une simplicité presque monacale. Le manque, il l’a connu dès le début, mais jamais il ne s’en est plein. Il aimait chanté, pas pour impressionner, pas pour briller, juste pour adoucir les jours gris.
Dans les cours d’école déjà, il imitait les professeurs avec une finesse désarmante. Les autres rient bien sûr, mais ce qu’il ne voyait pas, c’est que derrière chaque imitation, il cherchait aussi à consoler. Dans sa jeunesse, il étudie le violon puis l’harmonie. Il fréquente le conservatoire de musique de doué avant de rejoindre Paris.
Pas pour devenir vedette, pour apprendre, pour comprendre. Le monde déjà lui paraissait trop dur. Alors, il s’était dit si je peux le rendre un peu plus doux. C’est à Paris dans les années 40 qu’il invente Bourville, pseudonyme tiré du nom du village de Bourville, non loin de là où il est né. Le nom sonne modeste, campagnard, presque banal, mais sur scène, il devient unique.
Il se fait d’abord connaître grâce à ses chansons comiques et tendres, salade de fruits, la tactique du gendarme, le petit bal perdu. Sa voix traîne un peu comme celle d’un homme qui revient de loin. Elle amuse puis ameux sans jamais forcer. Il avait cette manière de chanter comme on parle à un ami écrira un chroniqueur de l’époque.
On avait l’impression qu’il ne chantait que pour nous. Mais c’est le cinéma qui allait faire de lui une légende. Il commence avec des petits rôles souvent comiques, toujours humains. Dans la ferme du pendu 1945, pas si bête 1946, il impose une figure nouvelle, celle de l’homme du peuple, maladroit mais sincère, attendrissant sans patos.
Les années 50 le consacrent. Il enchaîne les tournages, devient l’un des visages préférés des Français et puis arrive Louis de Funesse. Les douaux estime probable. l’un volcanique, nerveux, explosif, l’autre lunaire, patient, d’une douceur presque enfantine. Ensemble, il crée une alchimie unique.
Le Cornio 1965, la Grande Vadrouille 1966, des triomphes, des millions d’entrées, des répliques cultes, des souvenirs gravés dans la mémoire collective. Mais Bourville n’est pas qu’un faire valoir comique. Dans le miroir à deux faces, la traversée de Paris, les grandes gueules, il explore des rôles plus sombres, plus graves.
Il prouve qu’il est aussi un acteur dramatique. Sous le masque de la tendresse, il y a une lucidité crue. Il ne joue pas la douleur, il la contient. Et c’est encore plus fort. Pendant ce temps, loin des caméras, il construit une vie discrète. En 1943, il épouse Jeanne Lefric. avec qui il aura deux fils.
Pas de scandale, pas de luxe ostentatoire, juste un foyer, des promenades en forêt, des dîners simples. Quand il ne tourn pass, il jardin il lit, il s’est tight. Et pourtant, même dans le silence, il observe tout. La France qui change, le cinéma qui devient plus dur, plus cynique. Mais lui, il ne change pas. Bourville n’a jamais triché, dira plus tard.
Ser il n’a jamais joué un rôle pour flatter ni pour provoquer. Il jouait pour toucher. Avec le public, la relation est intime, unique. Ce n’est pas une idolâtrie bruyante, c’est une affection tranquille, une fidélité profonde. On l’écoute comme on relit une lettre d’un ami disparu. À la fin des années 60, son rythme ralentit.
Il tourne moins, choisit davantage ses projets. Mais le public est toujours là. À chaque sortie de film, les salles sont pleines. À chaque apparition télévisée, les sourires fleurissent dans les salons. Et pourtant, en coulisse, le temps fait son œuvre. Sa voix devient plus grave, ses gestes plus lents, mais son regard intact.
Ce regard clair, un peu triste parfois, comme s’il savait depuis longtemps que les plus belles choses ne durent jamais. Il sait il sait que son temps se compte désormais en saison, mais il ne dit rien. Il continue de venir sur les plateaux, de serrer les mains, de saluer les techniciens avec toujours ce mot gentil, ce clin d’œil, ce merci.
Un jour, sur un plateau, un jeune acteur l’approche et lui demande “Comment faites-vous pour être toujours si calme, si doux ?” Il sourit et répond, “C’est que je suis heureux.” Et quand on est heureux, il ne faut pas faire de bruit. À partir de l’automne 1969, quelque chose changea subtilement d’abord, puis de façon plus marquée.
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