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Que s’est-il passé après 16 générations de tradition de « sang pur » qui ont engendré un enfant inexplicable ?

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Mais là où d’autres familles finirent par ouvrir leurs portes, accueillir du sang neuf et s’adapter à un monde en mutation, les Mather persistèrent dans leur choix. Ils construisirent leur domaine, Ashford Hall, à 50 kilomètres de la ville la plus proche. Ils dispensèrent une éducation à leurs enfants à domicile. Ils fréquentaient une chapelle privée sur leur propriété. En 1800, ils formaient un cercle fermé.

Et ce cercle se resserrait sans cesse. La famille tenait des registres méticuleux, des généalogies reliées en cuir qui consignaient chaque naissance, chaque mariage, chaque union. Ils ne se contentaient pas de préserver l’histoire, ils la façonnaient. Les cousins ​​germains se mariaient entre eux, puis les cousins ​​issus de germains, et ainsi de suite, de génération en génération, les mêmes noms se répétant : Thomas, Elizabeth, William, Margaret.

Les mêmes visages apparaissaient inlassablement dans les daguerréotypes et les peintures à l’huile, comme des échos d’échos d’échos. En 1900, les Mathers n’étaient pas seulement isolés, ils formaient une population biologiquement distincte, à part entière, et ils en étaient fiers. Ils croyaient avoir accompli quelque chose de rare, de sacré.

Ils se croyaient plus purs que quiconque en Virginie, voire dans toute l’Amérique. Ils pensaient s’être protégés de la contamination du monde extérieur. Ils ignoraient tout de leurs actes. Les premiers signes apparurent dans les années 1870, mais personne ne les prit pour des avertissements. Une fille naquit avec six doigts à la main gauche, un fils dont les jambes étaient si arquées qu’il souffrait constamment, un enfant mort-né, puis un autre, puis trois en une seule année.

La famille attribua ces événements à la volonté divine. Les funérailles furent privées. Les enfants furent enterrés dans le cimetière familial derrière Ashford Hall, sous des pierres tombales ne mentionnant aucune cause de décès. Ils n’évoquèrent pas ces pertes dans leurs lettres. Ils n’en parlèrent à personne d’autre et, bien sûr, ils continuèrent à se marier.

En 1900, l’arbre généalogique des Mather était devenu tout autre chose. Ce n’était plus un arbre, mais un nœud, un enchevêtrement de lignes qui s’entremêlaient sans cesse. Si l’on tentait de le représenter, on y verrait apparaître les mêmes noms à plusieurs reprises. Un homme qui était à la fois l’oncle, le cousin germain et le grand-père de quelqu’un. Une femme qui était à la fois la tante et la belle-sœur du même enfant.

Les liens de parenté, tels des mathématiques, s’étaient effondrés. Il ne restait plus que ce que la biologie n’avait jamais été conçue pour gérer, mais le monde extérieur s’en apercevait à peine. Les Mather vivaient reclus. Ils étaient si riches que l’excentricité passait pour une tradition. Ils possédaient suffisamment de terres pour que l’isolement leur paraisse un choix plutôt qu’une nécessité.

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