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Sous un soleil hivernal trompeusement paisible, Crans-Montana s’est figée dans le recueillement. Quelques jours après l’incendie meurtrier, la station suisse a rendu hommage aux victimes lors d’une cérémonie poignante, marquée par les larmes, le silence et les paroles bouleversantes de ceux qui ont vécu l’horreur au plus près.

Dimanche, des centaines de personnes se sont rassemblées devant la chapelle Saint-Christophe, trop exiguë pour contenir l’affluence. Dans le froid ensoleillé de Crans-Montana, la messe célébrée à l’extérieur a donné le ton d’un hommage empreint de gravité. La foule, dense et silencieuse, s’est ensuite dirigée vers la chapelle ardente, installée à proximité du lieu du drame, où s’amoncelaient déjà des milliers de fleurs et des centaines de bougies.
Des larmes, des fleurs et un long applaudissement
Tout au long du cortège, des femmes tenaient des bouquets serrés contre elles, essuyant leurs larmes. Puis, soudain, un mouvement a traversé la foule : une vague d’applaudissements a jailli, venue de l’arrière. Les participants se sont alors écartés pour laisser passer les secouristes. Beaucoup d’entre eux, visiblement bouleversés, ont traversé cette haie d’honneur sous les regards reconnaissants d’une population encore sous le choc.
David Vocat, l’émotion d’un chef éprouvé

Parmi les présents se trouvait David Vocat, commandant des pompiers locaux, dont l’équipe fut la première à intervenir la nuit du drame. L’homme n’a pu retenir ses larmes, submergé par l’hommage rendu à ses collègues. Interrogé par franceinfo, il a livré un témoignage d’une rare intensité sur ce qu’il a vécu cette nuit-là.
« C’était la guerre »
« C’était une scène qu’on n’aurait jamais voulu voir », confie-t-il. Il évoque ces jeunes hurlant, ces corps brûlés, ces victimes presque à terre. « Quand j’ai vu ça, je me suis dit : c’est la guerre. » Le commandant raconte aussi les mots d’une collègue, sidérée : « Je n’ai pas signé pour ça. » Une phrase qui résonne douloureusement, même si, rappelle-t-il, aucun secouriste n’est jamais préparé à affronter une telle vision.
Le moment le plus insoutenable

L’un des souvenirs les plus douloureux reste gravé dans sa mémoire. David Vocat raconte avoir tenté de sauver une jeune fille, la massant longuement sur un banc. Puis un sanitaire lui annonce qu’il faut partir, que d’autres peuvent encore être sauvés. « Cette fille, elle est déjà morte », lui dit-on. La laisser là, repartir, est une épreuve qu’il juge presque impossible à supporter. « Ça ne devrait pas être possible de vivre ça dans une vie », murmure-t-il.
Le courage inattendu des jeunes
Malgré l’horreur, le chef des pompiers tient à saluer l’élan de solidarité exceptionnel des jeunes présents. « Ils nous ont aidés, ils ont pris des chaises, du matériel de terrasse, ils ont transporté les blessés avec nous », explique-t-il. Un esprit collectif et une entraide spontanée qui ont permis de sauver des vies au cœur du chaos.
Le doute après le drame
Enfin, David Vocat confie un questionnement intime, presque impensable pour un homme de sa trempe. Après avoir rencontré une mère ayant perdu son fils, il redoutait sa réaction. Contre toute attente, elle l’a remercié pour les vies sauvées. Un moment qui l’a profondément brisé. « Je fais ce boulot par passion, mais je ne sais pas si je vais pouvoir continuer », admet-il, la voix tremblante.
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