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Les concerts de Patrick Bruel prévus en décembre au Québec viennent d’être annulés par l’agence Gestev, organisatrice canadienne. Une décision symbolique qui intervient alors que l’étau judiciaire et populaire se resserre sur le chanteur français, visé par une trentaine de témoignages et plusieurs enquêtes pour viols et agressions sexuelles. La mécanique de l’impunité masculine dans le monde du spectacle est en train de se gripper. Enfin.
Ce mardi 19 mai 2026, l’agence d’événementiel Gestev a annoncé l’annulation des trois concerts que Patrick Bruel devait donner les 3, 4 et 5 décembre prochains au Théâtre Capitole de Québec, invoquant le contexte actuel et l’impossibilité d’en assurer la promotion. Une formulation pudique pour dire ce que chacun comprend : il n’est plus possible de faire comme si de rien n’était. Les détenteurs de billets seront remboursés. En revanche, les trois dates prévues fin novembre à l’Olympia de Montréal, les 27, 28 et 29 novembre, restent pour l’heure maintenues, la décision appartenant à la salle elle-même.
Cette annulation québécoise n’est pas tombée du ciel. Elle est le fruit d’une accumulation de pressions judiciaires, militantes et populaires qui, depuis plusieurs semaines, s’intensifient à une cadence que les équipes du chanteur n’ont manifestement plus les moyens de contenir.
Une déflagration judiciaire aux multiples fronts
Le tableau judiciaire dressé contre Patrick Bruel est vertigineux. Le parquet de Nanterre, compétent en raison du domicile du mis en cause, est saisi de quatre enquêtes pour viols concernant des faits présumés survenus en 1997, 2000, 2008 et 2015. Une enquête judiciaire distincte a également été ouverte en Belgique, à la suite d’une plainte enregistrée fin mars pour une agression sexuelle présumée à Bruxelles.
Lundi 18 mai, le parquet de Nanterre a annoncé la réouverture d’une enquête qui avait été classée sans suite en novembre 2022. Cette procédure trouve son origine dans une plainte déposée en 2021 par Ophélie Fajfer, alors jeune compositrice, qui accuse le chanteur de l’avoir violée en 2015 dans sa résidence de villégiature à L’Isle-sur-la-Sorgue en Provence, alors qu’elle s’y était rendue pour obtenir des conseils professionnels, après l’avoir rencontré sur le tournage d’un clip des Enfoirés. Elle avait 19 ans au moment des faits.
Le parquet a également confirmé ce mardi qu’une plainte avec constitution de partie civile pour viols et agression sexuelle avait été déposée par deux nouvelles victimes auprès du doyen des juges d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre. Elle fait suite à une précédente enquête classée sans suite le 22 décembre 2020, au motif que les infractions apparaissaient insuffisamment caractérisées. Dans le cadre de cette procédure, cinq femmes décrivent avoir subi des gestes déplacés lors de massages pratiqués en coulisses entre 2008 et 2019. Deux autres dénoncent des viols présumés en 2000 et 2010.
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Flavie Flament, la parole à visage découvert
La plainte la plus médiatisée reste celle de l’animatrice Flavie Flament, déposée vendredi 15 mai. Elle accuse Patrick Bruel de l’avoir violée à Paris en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. Dans sa plainte consultée par Mediapart, elle accuse aussi d’avoir été droguée : elle raconte s’être rendue au domicile parisien du chanteur, avoir bu un thé, puis s’être réveillée incapable de reconstituer ce qui s’était passé. Elle avait déjà témoigné anonymement sous le pseudonyme d’Eva lors du deuxième volet de l’enquête de Mediapart publiée le 7 mai. C’est la première fois qu’elle parle à visage découvert. Interrogé par Mediapart, Patrick Bruel confirme leur rencontre et une relation épisodique, mais affirme ne l’avoir ni droguée ni agressée.
Son avocate, Me Corinne Herrmann, a annoncé ce mardi sur France Inter que de nouvelles plaintes pour viols allaient être déposées dans les prochains jours. La question de la prescription est au coeur des débats : les avocates de Flavie Flament entendent démontrer que la sérialité criminelle dont est accusé le chanteur, combinée à des jurisprudences dans des affaires criminelles, pourrait avoir des conséquences sur la prescription dans ce dossier. Des années pour trouver les mots, comprendre ce qu’on a vécu, accepter de porter plainte. Des années pendant lesquelles les agresseurs présumés continuent de jouir de leur célébrité et de leur impunité.
La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a pris position ce mardi, appelant à encourager les femmes victimes à parler même des dizaines d’années après les faits, et à construire un système politique, médiatique et judiciaire qui permette à ces paroles d’être entendues.
Le Québec, terrain d’une réalité tue depuis 2017
Ce que l’annulation québécoise révèle, c’est que le problème n’est pas franco-français. Une journaliste radio francophone du Québec, désignée sous le prénom fictif de Charlotte dans les colonnes du magazine Elle France, a témoigné avoir été agressée sexuellement par Patrick Bruel le 14 avril 2017 à l’hôtel Sofitel de Montréal, en marge d’une interview. Elle avait alors 28 ans. Le chanteur était en tournée au Québec pour son spectacle Bruel chante Barbara. Sous prétexte de bruit et de fatigue, il l’aurait invitée à réaliser l’interview dans sa suite. À la fin de l’entretien, alors qu’elle voulait partir, il lui aurait barré le passage, l’aurait prise dans ses bras, embrassée de force à plusieurs reprises malgré ses refus répétés, et tenté de lui retirer son manteau. Elle est parvenue à s’enfuir. Elle a tout consigné dans un cahier dès le même jour, transmis à Elle France comme preuve contemporaine des faits. Elle a déposé un signalement auprès de la police de Montréal en octobre 2017. Il s’agit du plus ancien signalement connu à ce jour dans cette affaire sur le sol canadien. La CNESST, l’instance québécoise de santé au travail, a depuis reconnu officiellement à son égard une atteinte permanente et une perte de jouissance de la vie.
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